Dallas 2026 - Episode 1: Donald Trump et le pétrole du Venezuela

Avec l'an nouveau, Donald Trump vient de lancer une nouvelle série sur la géopolitique. Une "télénovellas" pour entretenir les téléspectateurs et les réseaux sociaux du monde entier. Comment décrypter les intrigues et les différents épisodes tournés en Iran, au Venezuela, au Nigeria et au Groenland ? 

La tâche n'est pas aisée, car même la Maison Blanche semble être prise dans une improvisation improvisée. Cette rubrique décrypte le premier épisode. Un président d'un pays riche en pétrole est kidnappé histoire de faire main-basse sur un or noir si précieux. Improbable pour Netflix, mais pourtant si proche de la réalité.

 

Après l'Iran et le Nigeria, le Venezuela est le 3ème pays de l'OPEP à se faire attaquer par Trump en moins de 12 mois. Ceci n'est pas un hasard. Il s'agit d'une stratégie qui tente de remodeler le commerce mondial de l'énergie.

 

Le peak oil et les sanctions américaines

L'histoire débute dans les années 90. Les chutes des prix du pétrole avaient déstabilisé l'économie du Venezuela. Le peak oil de 1973 à 3,8 millions de barils par jour est bien loin. Ca tombe mal car le pays ne vit qu'à travers la rentrée des pétrodollars.

 

En 1998 entre en scène un nouveau personnage : le président Hugo Chavez. 

Comme dans les films à succès d'Hollywood, la remontée spectaculaire des prix du baril et l'arrivée des pétrodollars redressent l'économie pays. Chavez sort la population de la pauvreté et de l'illettrisme. 

Mais pour financer son programme, il n'y a plus assez d'argent pour rénover les installations pétrolières. Les extractions commencent à diminuer, les rentrées de cash chutent. 

Il faut un air nouveau pour le pas lasser le spectateur. Pour redonner de l'élan à la série, le personnage de Chavez meurt. En 2013, il est remplacé par son fils spirituel : Nicolas Maduro. 

En 2015, dans le rôle du gentil qui est méchant, Obama instaure des sanctions américaines au motif de "menace à la sécurité nationale". L'année suivante, la chute des prix du pétrole et la baisse des extractions, déstabilisent encore plus l'économie vénézuélienne. 

Mais c'est l'arrivée du super gentil qui va tout faire basculer. En 2017, lors de son premier mandat, Donald Trump rajouta de nouvelles sanctions en limitant les exportations pétrolières du pays. Les États-Unis interdisent au Venezuela l'accès aux marchés financiers internationaux. Le pays est déclaré en défaut de paiement partiel. Nicolas Maduro s'enferme dans un cycle autocratique et de corruption. Sur 30 millions d'habitants, 8 millions se réfugient en dehors du pays. 

En janvier 2019, Trump impose de nouvelles sanctions à la société publique de pétrole vénézuélienne PDVSA. Elles empêchent PDVSA d’être payée pour ses exportations de pétrole aux États-Unis et gèlent $7 milliards d’actifs américains de PDVSA. 

De 2,5 millions de barils par jour, on passe sous le million. La spirale infernale est enclenchée. Moins d'extraction, moins de cash, moins d'extractions, etc.

 

En 2025, Trump rajoute, le point sur le "i" du mot "aie" avec un blocus en prétextant une chasse aux narcotrafics. Un peu à l'image de JR Ewin de la Série Dallas. JR se moque de la gestion du pays par Nicolas Maduro, alors que c'est lui qui accélère la déchéance économique totale du pays.

 

Dans le rôle des méchants

Pour compléter le groupe des méchants, la Chine importe 80% de son pétrole, Cuba échange des soldats contre 50'000 barils par jour de pétrole, l'Iran transmet des lubrifiants qui permettent le transport du brut épais vénézuélien et la Russie sert d'intermédiaire pour la distribution et la vente de pétrole. L'équipe est au complet. 

Pékin consolide son amitié avec des accords de coopération dans les infrastructures, l'énergie, les télécommunications, les transports, la vente d'armes, la technologie spatiale et la production alimentaire. En 20 ans, la Chine a accordé environ $106 milliards de prêts au Venezuela dont $63 milliards ont été versés, principalement sous forme de prêts garantis par le pétrole. Ils ont permis à Caracas de rembourser $50 milliards sa dette avec des livraisons de brut.

Mais pour garder le suspens, il est nécessaire d'avoir une inconnue. La Chine détient encore pour $12 milliards de dettes légalement valables. Que deviendront-elles dans la main des américains ? Le prochain épisode devrait apporter un éclairage.

 

Il a acteur et acteur, comme il y a du pétrole et du pétrole

Tous les pétroles ne sont pas égaux. 

Il y a du pétrole pour faire du plastique, des engrais, des pesticides ou de l'essence. Ca c'est le rôle du pétrole de schiste américain. Le pétrole du Venezuela joue dans la cour des grands. C'est le champagne des champagnes qui permet de distiller du diesel ou du kérosène, essentiels aux transports de marchandises et des personnes.

Historiquement, les raffineries américaines se sont équipées pour traiter ce pétrole bitumineux en provenance du Canada, du Venezuela et récemment du Guyana. Les Etats-Unis ne sont rien uniquement avec leur pétrole de schiste, ou peut-être des gros producteurs de plastiques.

L'Arabie Saoudite et les pays du Moyen-Orient et la Russie proposent également ce type de pétrole idéal pour le diesel et le kérosène. Ca tombe bien, le monde est en pénurie de diesel.

 

L'effet de surprise

La prise de force du pétrole du Venezuela a surpris les dirigeants des majors pétrolières comme ExxonMobil, Chevron ou ConocoPhillips, tout comme les dirigeants des différents pays. Pourtant le survol de la Statue de la Liberté avec les hélicoptères américains, qui emportent le président vénézuélien directement en prison, fait partie de la bande annonce avec le bombardement de Caracas en plaine nuit.

L'Europe découvre que le monde est maintenant gouverné par la force et non plus par l'état de droit. Les critiques saluent le scénario écrit par Trump. (voir le tweet de Macron)

Les dirigeants européens ne vont pas perdre de temps avec le Venezuela car pour eux l'importance lorgne vers l'Ukraine. Mais auraient-ils oublié que la porte s'est ouverte pour le Groenland? Deux mots résument la politique européenne : "supplication stratégique". Bruxelles rend à César ce qu'il réclame, dans l'espoir qu'il n'en demande pas trop et qu'il accueillera favorablement leurs demandes les plus urgentes (notamment l'Ukraine).

Mais retournons à nos amis américains. Trump a vanté l'empressement des majors pétrolière à se précipiter au Venezuela et à y investir des fortunes. On parle de petite monnaie, $50 milliards pour remettre à niveau les installations.

Dans la réalité et hors d'Hollywood, aucune entreprise avec des actionnaires ne peut utiliser son capital dans un pays qui n'a pas de lois réelles et qui prendrait des bénéfices sur des actifs confisqués. 

Avec qui les compagnies pétrolières vont-elles signer des accords sur le pétrole vénézuélien ? Avec l'administration Trump ou avec le gouvernement du Venezuela ? et avec quel gouvernement vénézuélien ? Que se passera-t-il quand Trump sera parti dans 3 ans ?

 

Un scénario remplit de rebondissement

D'ici là et en voix off : "No one wants to go in there when a random fucking tweet can change the entire foreign policy of the country". Sous-titrage: "Personne ne veut s'y aventurer quand un tweet aléatoire peut changer toute la politique étrangère du pays".

Chevron est déjà installée au Venezuela grâce à une autorisation de la Maison Blanche. Mais la major vient d'acquérir le pétrolier Hess pour $50 milliards. Si la major a mis autant d'argent sur la table, c'est que Hess possédait des gisements au Guyana, pays voisin du Venezuela. A part pour faire plaisir à Trump, on voit mal Chevron délier les cordons de la bourse, alors que le baril de pétrole passe sous les $50. Idem pour ExxonMobil qui s'est implantée au Guyana et qui a investi $10 milliards.

Trump a invité les américains Exxon, ConocoPhillips, Continental, Chevron, Haliburton, Tallgrass, Raisa Energy, Hilcorp, les Suisses Vitol et Trafigura, l'Italien ENI, l'espagnol Repsol, l'anglais Shell pour les convaincre d'investir au Venezuela.

Mais contrairement au Venezuela, le Guyana est un pays politiquement et économiquement stable et les accords de forages sont légaux. Les entreprises pétrolières ont besoin de sérieuses garanties tant du point de vue politique, de la sécurité, du droit et de la protection des investissements. Pourquoi prendre des risques avec le Venezuela ?

Quant à la corruption, le pétrole, le gaz et l'uranium sont intimement liés à ce modèle d'affaires.

 

L'excellent Patrick Chappatte

 

Transition vers une économie électrique

Depuis 1 siècle, les Etats-Unis comptent sur le pétrole pour réaliser leurs rêves. Sortir du pétrole, c'est abandonner cet objectif.

Un impératif est nécessaire pour la réussite du film : accéder à tout prix au pétrole et surtout au pétrole champagne capable d'en tirer du diesel et du kérosène. Le terme de grande puissance convient aux pays qui maîtrisent le pétrole et le nucléaire. 

Après avoir subit plusieurs pénuries de diesel, Pékin a compris la leçon. Les voitures, les camions électriques et les énergies renouvelables sont des outils qui vont lui permettre de diminuer cette dépendance. La perte du pétrole du Venezuela, s'il venait à se confirmer, ne portera pas un coup trop difficile à gérer. Par contre, la perte de la présence sur l'Amérique Latine est plus compliquée.

 

Mais il n'y a pas que le pétrole. Si la Chine a fait plier Trump durant 2025, c'est à cause des terres rares et aux minerais énergétiques. Le Groenland est un coeur de cible parfait pour un prochain épisode.

 

Le financement de ce premier épisode

Pour financer ce premier épisode, la Maison Blanche se transforme en brooker pétrolier et elle va s'occuper de la gestion et des ventes du pétrole du Venezuela. 

Elle a actuellement réquisitionné tous les tankers pétroliers qui se trouvaient à proximité du Venezuela et qui attendaient des acheteurs. Environ, 50 millions de barils pour une somme de $2,5 milliards. 

Le solde de l'argent (bénéfice net) réalisé par la vente de pétrole vénézuélien sera déposé sur un compte aux Etats-Unis. Cet argent permettra d'acheter des produits américains et de les livrer aux Venezuela. Il faut bien une idée drôle pour terminer ce premier épisode. Une chose est certaine, depuis que le pays a vu ses extractions pétrolières diminuer, il suit un déclin qui fait réfléchir les exportateurs de pétrole, Arabie Saoudite en tête. 

L'histoire montre qu'à chaque fois qu'un dictateur est relevé de ses fonctions, la production pétrolière du pays chute et ne remonte jamais au niveau précédent. Kadhafi, Sadam Hussein, l'Egypte sont des exemples. Le Venezuela continuera son chemin vers le déclin même avec un potentiel de 300 milliards de barils de pétrole sous ses pieds.

C'est toute la malédiction des pays qui extraient du pétrole. 

Le succès de premier épisode est sans aucune mesure. Le monde entier regarde : imaginez plus de 10 milliards d'yeux. Les bourses sont influencées par le moindre message de Trump et la fonction de président d'un pays est soudainement devenue angoissante. On se réjouit de découvrir le prochain épisode.

Si vous avez la fonction "Jump directly to 2027" il serait dommage de l'utiliser. 

 

 

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