Rational Greed is Good - La cupidité rationnelle est bien
Par Thomas Norway – Commençons par une chose importante : penser à soi est une bonne chose. C'est même rationnel. Dans un monde de plus en plus stressant, oppressant, incertain, vouloir préserver son confort, se faire plaisir, protéger sa famille, c'est sain. Personne ne devrait être culpabilisé pour ça. Ni par les militants, ni par les politiques, ni par personne.
Cet article est pour vous. Pas pour la planète, pas pour les générations futures. Pour vous, maintenant, demain, concrètement.
Je vais vous montrer que la meilleure stratégie égoïste est probablement celle que personne ne vous vend et pourquoi on vous en éloigne.
Votre confort actuel
Imaginez un rentier dont les placements rapportent 10% par an.
Il vit très bien, se permet des city-trips, des restaurants, ne regarde pas à la dépense. Puis le rendement tombe à 5%. Il ne change rien et pioche un peu dans le capital. Puis 2%...
S’il continue comme avant, persuadé que ça va remonter… (mais si ça ne remontait pas) il finira avec de monstres investissements qu’il ne pourra plus entretenir et qui ne vaudront peut-être plus rien.
C'est exactement ce qui se passe avec l'énergie. Le pétrole, le gaz, le charbon (les sources qui font réellement tourner le monde) coûtent de plus en plus d'énergie à extraire. Leur rendement baisse. Et comme la totalité de notre économie en dépend, c'est le rendement de tout le système qui s'érode.
Vous ne le sentez pas encore directement, mais les signaux sont là : les États s'endettent massivement pour maintenir le niveau de vie actuel en rognant sur les services publics et dont les effets se feront vraiment ressentir d’ici 10,15,30 ans.
Cette dette, ce sont vos impôts de demain, vos services publics dégradés, votre pouvoir d'achat grignoté.
Ce n'est pas de la politique, c’est de la physique : Lire "la Dette globale"
La technologie : votre confort futur
C'est une question légitime vu sa présence dans les médias.
Les énergies bas-carbone (solaire, éolien, nucléaire, hydraulique…) nécessitent considérablement plus de matériaux transformés que les fossiles pour produire la même quantité d'énergie.
Ces matériaux, il faut les extraire, les raffiner, les assembler avec... des énergies fossiles (énergie ou matières premières) : Le blocage de Hormuz met en évidence les multiples dépendances : hélium pour les puces, sulfure pour la production des métaux, plastiques …
Ces énergies fossiles qui s’amenuisent avec une baisse de rendement inéluctable.
Se débarrasser des délétères énergies fossiles est impératif (personne de sérieux ne dit le contraire) mais leurs remplaçants actuels ne génèrent pas le même surplus économique. C'est un fait physique, pas une opinion politique.
D'ailleurs, les détenteurs de capitaux ne s'y trompent pas. Le lobbying fossile existe, ce n'est un secret pour personne. Mais les possédants ne deviennent pas riches et ne le restent pas en croyant aux contes de fées : s'ils continuent à privilégier les fossiles, c'est parce que le rendement énergétique physique et donc économique y est supérieur.
On ne peut pas créer magiquement de la rentabilité par décret ou par conviction. La politique énergétique étasunienne actuelle est d'ailleurs éclairante à ce sujet.
La technologie n'est pas inutile, elle est indispensable. Mais son rôle réel est de compenser la baisse de rendement, pas de l'inverser. C'est une course à l'efficacité dans une quête d'efficience, et cette course coûte de plus en plus cher pour un bénéfice de plus en plus mince.
Le calcul égoïste
Option A :
Ne rien changer. Votre confort se maintient quelques années grâce à la dette publique et privée. Puis l'inflation grignote votre pouvoir d'achat, les services publics se dégradent, l'énergie et l'alimentation renchérissent.
Et même si vos émissions personnelles représentent un millionième du total mondial, le coût du changement climatique induit par les autres vous impactera : assurances en hausse, événements extrêmes, coûts alimentaires, instabilité sociale. Vous n'y êtes pour quasiment rien, mais la facture arrive quand même.
Option B :
Anticiper. Vous réorganisez vos dépenses, vous dimensionnez votre mode de vie sur ce qui est physiquement durable.
Résultat : pendant que les autres voient leur pouvoir d'achat fondre, le vôtre tient. Vos coûts fixes sont bas, votre dépendance au système est réduite. Ce n'est pas du survivalisme, c'est du bon sens ! Vous restructurez vos dépenses intelligemment pour ne pas être étranglé par des charges incompressibles surdimensionnées.
C'est un pur calcul d'investissement.
L'option B, c'est vendre au plus haut avant que le marché ne craque.
L'option A, c'est croire que "cette fois c'est différent" (la phrase la plus coûteuse de l'histoire financière qui me permet de vous conseiller également les chroniques matinales de Morning Bull Thomas Veillet qui sont aussi distrayantes qu’instructives).
Concrètement ?
Ce n'est certainement pas vivre dans une grotte, même si c'est ce qu'on essaie de vous faire croire avec le modèle Amish ou le "retour au Moyen-Âge".
Ceux qui profitent le plus du système actuel n'ont aucune envie que vous puissiez vous passer d'eux. Le discours de la régression, c'est leur assurance-vie, pas la vôtre.
Il faut dimensionner et ne pas prendre une vessie pour une lanterne.
Exemple : votre salaire détermine la voiture que vous pouvez vous offrir, pas l'inverse. Si votre salaire est divisé par deux, votre voiture ultra-efficace (et chère) ne change rien : vous ne pouvez plus la payer. L'efficacité du véhicule ne modifie pas le salaire, elle ne peut que le réduire. C'est le salaire qui permet la voiture.
Principe élémentaire : la demande détermine les moyens nécessaires, pas l'inverse.
Quelques exemples :
• Un logement plus petit et bien conçu plutôt qu'une grande surface mal isolée qu'on chauffe à grands frais (et au passage, moins de ménage, moins d'entretien, moins de charges)
• Participer financièrement ou physiquement à une production alimentaire locale : un jardin, une serre partagée, un investissement dans une coopérative du coin. Bon pour votre santé, bon pour votre porte-monnaie, et surtout une assurance autonome contre la hausse des prix alimentaires. Mais aussi avec moins de pétrole, le transport sera plus difficile alors autant avoir le nécessaire à portée de vélo ou de baskets et en plus, cela ressert le tissu social de proximité et entre voisins qui se connaissent, on s'entraide mieux qu'entre inconnus.
• Un véhicule adapté à vos trajets réels (13 km en moyenne quotidienne) plutôt qu'un SUV de 2 tonnes dimensionné pour des vacances que vous faites deux fois par an (les véhicules peuvent se louer)
• Des économies réelles qui vous permettent, et surtout vous permettront de continuer à vous offrir des petits plaisirs à l’avenir : les vacances, les sorties, les city-trips, sans l'angoisse du découvert et sans voir ces plaisirs disparaître un par un.
L'avantage compétitif
Voici ce que personne ne vous dit parce qu'il n'y a pas de marge commerciale dessus.
Ceux qui anticipent maintenant auront un avantage considérable sur ceux qui ne le font pas.
Quand le système se tend (et il se tend déjà) ceux dont le mode de vie est bien dimensionné auront plus de marge, plus de confort relatif et plus de pouvoir d'achat que ceux qui se seront accrochés à un train de vie insoutenable.
C'est comme celui qui a remboursé son crédit immobilier quand les taux étaient bas : quand les taux montent et que les autres suffoquent, lui dort tranquille.
C'est la meilleure stratégie égoïste pérenne pour continuer à se faire plaisir. Vous protégez votre confort, votre santé, votre temps et votre argent. Simultanément. Durablement.
Et si en prime ça réduit les externalités (environnement, climat, ours polaires... tout ça quoi), considérez ça comme un effet secondaire gratuit.
Rubrique de Thomas Norway
"L'énergie impose et le portefeuille dispose"