Les Emirats Arabes Unis sortent de l’OPEP

Les Émirats arabes unis ont annoncé leur sortie de l’OPEP (et de l’OPEP+ avec la Russie) après près de 60 ans d’adhésion, portant un coup dur au cartel pétrolier et à son leader de facto, l’Arabie saoudite.

L’annonce a surpris même si le pays avait déjà menacé de partir. La dernière fois après le Covid en 2021. Les Emirats sont le troisième producteur de l’OPEP et ils possèdent une capacité de production excédentaires qui pourrait dépasser le million de barils par jour notamment en cas de pénurie.

Décryptage d’un geste de géopolitique des énergies.

 

Laisser le moins possible de pétrole dans les sous-sols

Dans le monde, les pays extracteurs de pétrole sont tentés d’extraire le maximum de pétrole avant que les voitures et la mobilité électriques ne fassent plonger la demande. Le pétrole qui reste dans le sol ne génère pas d'argent. 

Avec la guerre actuelle au Moyen-Orient, les pétromonarchies se trouvent toutes dans des situations économiques compliquées d'autant que les mots "économie" ou "gestion rigoureuse" ont été remplacés par extravagance et faste. 

Tout le monde regarde déjà vers la sortie de ce choc pétrolier et comment les caisses pourront se remplir le plus abondamment possible et le plus rapidement possible.

L'Irak et l'Iran se trouvent dans une situation financière catastrophique et les monarchies vont jouer des coudes pour extraire le plus de pétrole possible avec la crainte de submerger les marchés.

 

Le pétrole et la politique

L’OPEP est dirigée par l’Arabie Saoudite. Le départ des Emirats témoigne autant d’une libération pétrolière que politique. Les deux pays se disputent le marché des affaires dans la région.

Abu Dabi ne veut pas que la sortie de la guerre lui soit défavorable d’autant que l’Iran risque de recevoir des faveurs et des quotas favorables pour se reconstruire. 

Le timing de cette décision est intimement liée à la guerre actuelle et le choc pétrolier qui est la plus grave crise énergétique jamais vue dans l’ère industrielle. 

Certaines installations iraniennes ainsi que du Golfe ont été endommagées, il va y avoir une nécessité de compenser cette part manquante. En restant au sein de l’OPEP, les UAE pourraient voir l’Arabie Saoudite et la Russie revendiquer la part du lion. 

 

Les revendications à la hausse des Emirats et l'amitié avec les USA et Israël

Les Émirats arabes unis, qui produisaient 3,4 millions de barils de pétrole par jour avant la guerre, expriment depuis plusieurs années leur mécontentement envers l’OPEP et s’irritent des quotas de production imposés par le cartel, qui les ont empêchés d’exporter de plus grandes quantités de pétrole.

Abou Dabi avait l’ambition d’augmenter ses extractions à 5 millions de barils par jour d'ici à 2030. La démesure du pays, Dubaï en tête, coûte une fortune. A ces extravagances, il faut également sortir l’économie du pays du tout pétrole. Il ne reste que quelques années pour effectuer le changement de cap. 

Les Émirats n’appréciaient pas de devoir se restreindre, en particulier alors qu’ils voulaient produire davantage et que les Saoudiens voulaient produire moins.

De plus, les Émirats arabes unis ont renforcé leur soutien aux États-Unis et à Israël et s’opposent franchement à l’Iran. Le départ de l’OPEP+, qui comprend la Russie, témoigne de la frustration d'Abu Dhabi face au soutien apporté par Moscou à l'Iran pendant le conflit. 

Le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis, Suhail al-Mazrouei, a déclaré au Financial Times que cette mesure constituait une "décision nationale souveraine fondée sur la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis et sur l’évolution de leur profil énergétique.  Nous avons collaboré activement avec le groupe et avons soutenu toutes ses décisions, mais le moment est venu de nous tourner vers l’avenir. À notre avis, le moment est bien choisi car cela a un impact minimal sur l’ensemble des producteurs.»

Les relations entre Abou Dhabi et Riyad se sont nettement détériorées lorsque les tensions entre les deux puissances du Golfe ont éclaté au grand jour en décembre et janvier, dans le cadre d’un différend concernant leur soutien à des factions rivales au Yémen. On rappelle également que Ryad s'était montré intéressée par les BRICS (Russie-Chine) au côté de l'Iran.

De son côté, Abou Dhabi a offert de grandes largesses financières aux fils de Donald Trump ainsi que Jared Kushner, le mari de sa fille et grand supporter d'Israël.

La fracture semblait s’atténuer alors que les États du Golfe s’unissaient dans leur colère face à l’agression de l’Iran contre ses voisins arabes. Mais les tensions ont refait surface, la guerre ayant exacerbé les frustrations des Émirats à l’égard de certaines institutions multilatérales et régionales.

 

L'avenir de l'OPEP

L’impact de la décision des Émirats arabes unis ne sera pas clair tant que le détroit d’Ormuz n’aura pas été entièrement rouvert et que la région ne pourra pas expédier du pétrole et du gaz normalement.

L’État du Golfe exporte actuellement environ la moitié de ses volumes habituels en raison de la fermeture de ce goulet d’étranglement.

Depuis sa création l’OPEP a déjà perdu l’Indonésie, le Qatar, l’Equateur et l’Angola. Le Venezuela pourrait être le prochain sur la liste. Est-que l’Iran et l’Irak, qui ont un besoin urgent de cash, pourraient également être intéressés à se retirer afin de se libérer des quotas. La question reste ouverte.

Cependant, sans les Emirats, OPEP+ détient le 40% des extractions mondiales et pourra continuer à jouer un rôle majeur d’autant que le pétrole de schiste américain montre des signes d’essoufflement.

 

La prochaine crise de la demande en juge de paix

Il sera intéressant de voir les synergies quand le marché fera à nouveau face à une surproduction pétrolière avec des prix en chute. Est-ce qu’une récession ou une stagflation en 2027 fera chuter la demande mondiale ? Dans ce cas, les pays pourront se serrer les coudes et éventuellement se rejoindre sur une stratégie commune. 

Pour l’instant, tous les pays pétroliers du Moyen-Orient ont vu une chute drastique de leurs revenus et si à la fin de la guerre les prix restent élevés, ils pourront combler une partie de leurs déficits.

 

Finalement, détail intéressant dans cette annonce. Elle est tombée alors que les dirigeants du CCG, qui regroupe les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn, se réunissaient à Djeddah pour discuter de la guerre avec l’Iran.

Après avoir traversé ces 60 jours de bombardements, il y aura beaucoup de remise en question. Des réunions ont déjà eu lieu pour discuter de la suite des événements, mais sans les Emirats.

Affaire à suivre

 

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