Les Majors pétrolières aux croisées des chemins

Quelle sera la consommation de pétrole et de gaz dans les années à venir ? Les grands groupes pétroliers mondiaux hésitent sur les orientations futures.

Les prévisions pour 2026 des deux plus grandes organisations l'OPEP et l'Agence Internationale divergent de 1,8 millions de barils par jour, soit la consommation de la France. La plus optimiste, l'OPEP, évalue la demande mondiale à 106,5 millions de barils par jour. 

 

106 millions de barils de pétrole par jour en 2026 : un record

Le monde n'aura jamais autant consommé d'or noir alors que l'envol de la mobilité électrique peine à se concrétiser. 

Pour compliquer l'équation, l'Agence Internationale de l'Energie vient de réviser ses scénarios de prédictions au sujet du peak oil, le repoussant de 2030 à 2050. Même l'impact des énergies renouvelable a été revisité à la baisse. On n'y voit l'intervention de son plus grand contributeur financier, la Maison Blanche. 

Ce manque de visibilité sur l'avenir énergétique bouleverse les stratégies. Après choc pétrolier de 2008, les majors européennes s'étaient aventurées dans l'éolien et le solaire. L'objectif visé était la mutation du rôle de vendeur d'or noir à celui d'une entreprise énergétique et électrique. Elles ont depuis rétropédalé pour revenir à leur business de base, pendant que leurs consœurs Américaines se cannibalisent dans des fusions gigantesques. 

 

Les américains drill, baby drill

Ainsi, Chevron a drastiquement refocalisé ses objectifs et privilégie dorénavant la création de bénéfices au lieu d'augmenter sa production. La direction propose une forte diminution des dépenses afin de favoriser les dividendes aux actionnaires.

L'entreprise va licencier 20% de ses employés pour en dénombrer 38'000 contre 58'000 il y a à peine 10 ans. Avec la main mise sur le pétrole du Guyana et une partie du Venezuela, Chevron extrait 4,1 millions de barils chaque jour pas très loin des 4,8 million d'ExxonMobil.

Son concurrent et numéro un Américain a choisi une direction diamétralement opposée. Son objectif est d'augmenter les extractions et de gagner des parts de marché pour générer de plus en plus de cash.

Dans sa mission, elle est aidée par les orientations du gouvernement Trump où le Venezuela, l'Argentine, le Brésil et le Groenland sont dans le viseur. Grâce aux récentes sanctions contre les entreprises pétrolières russes Lukoil et Rosneft, ExxonMobil négocie déjà la reprise des gisements russes en Irak et en Syrie. 

 

L'Europe rétropédale

Du côté des Européens, Eni, Total, BP et Shell se battent pour leur survie et pour éviter de se faire racheter. Elles retournent en territoire connu d'autant que les pays du vieux continent s'inquiètent pour leur accès au pétrole et surtout au gaz-méthane afin de remplacer les importations russes. La réorientation de l'entier de leurs efforts sur les hydrocarbures devient une nécessité géopolitique stratégique.

Même au Moyen-Orient, le plus grand pétrolier au monde, Saudi Arabia d'Arabie Saoudite, a ouvert totalement les robinets.

L'entreprise a la responsabilité d'alimenter les budgets du royaume. Elle va également porter des efforts sur l'exportation de gaz liquide. S'il devait y avoir un consensus dans l'industrie, c'est que le gaz va jouer un rôle de plus en plus grand, même si pour le climat le méthane est bien plus virulent que le CO2. 

 

L'équation énergétique de l'Intelligence Artificielle

Au fur et à mesure que les gisements pétroliers s'épuisent, de plus grande quantité de gaz sort mécaniquement des gisements.

C'est une aubaine, car ce gaz permettra d'apporter la production électrique nécessaire pour l'intelligence artificielle et pour l'e-mobilité. Dans l'immédiat, l'utilisation de centrales à gaz est l'alternative la plus rapide pour satisfaire cette demande exponentielle. C'est dans cette brèche que les pétroliers et gaziers s'insèrent.

Cependant, de plus en plus de voix appellent à la prudence. Si les besoins des data centers ne devaient pas être aussi gargantuesque qu'annoncés, de nombreux énergéticiens risquent de se retrouver sur le carreau et les prix de l'électricité de chuter.

Dans cette atmosphère, il ne manque plus que l'économie mondiale subisse un krach pour voir les cartes pétrolières entièrement rebrassées.

 

Article publié dans le journal Le Temps

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