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Europe : une transition énergétique gazière problématique

Initialement et sans anicroche, le gaz naturel devait reprendre le flambeau de la transition énergétique européenne et s’imposer comme la ressource énergétique ultime. Ce plan n’avait pas pris en compte l’immuable modus operandi du monde de l’énergie: les Etats appliquent à la lettre la règle du chacun pour soi et Dieu pour tous.

A ce petit jeu, un grain de sable est venu d’Allemagne avec la construction d’une autoroute du gaz exclusive entre Berlin et Moscou via le gazoduc Nord Stream II.


Angela Merkel est pointée du doigt pour faire passer les intérêts de son pays avant ceux de la collectivité européenne, et certains pays ont vu rouge, comme un relent de guerre froide face à l’ogre de l’Est. Il n’en fallait pas plus pour que les Etats-Unis et la Turquie s’invitent à la table de ce qui aurait dû rester une querelle interne.

 

Le prix de plus en plus élevé de la dépendance gazière

Abreuvé par les gisements gaziers et pétroliers de la mer du Nord, l’Europe a joui pendant plusieurs décennies d’une manne d’hydrocarbures locaux avec une douce sensation d’indépendance. Mais la roue tourne. Avec des gisements en voie d’épuisement, le mirage s’estompe.

Aujourd’hui, l’Union importe déjà 75% de son gaz et la dépendance augmente. D’ici à 2040, la demande mondiale devrait pratiquement doubler afin de remplacer les calories pétrolières. Bruxelles se contente de suivre cette tendance.

Avec un certain dogmatisme et un manque de diplomatie, la Commission de la concurrence s’était opposée à un nouveau projet de gazoduc russe, qui contournait l’Ukraine par le sud. Vladimir Poutine trouva immédiatement une parade imparable en utilisant Ankara comme hub gazier. Le mal était fait. Au lieu de négocier uniquement avec la Russie, l’Europe doit également se plier aux facéties et sautes d’humeur du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

De leur côté, les Etats-Unis s’opposent aux livraisons russes afin d’écouler leur gaz de schiste. Il est intéressant de noter que si les Américains se soucient de la dépendance énergétique européenne face à Moscou, en mars ils ont importé un niveau record de pétrole russe.

Ainsi, en quelques années, le futur gazier européen est devenu une marionnette dont les ficelles se tirent à Moscou, Washington et Ankara. Il reste cependant une option avec l’importation de gaz liquide par bateau. Cependant, la grande majorité de la production gazière mondiale repose sur seulement dix pays. La diplomatie de l’Union devra se montrer très avenante et très accommodante avec ses nouveaux amis.

 

Le gaz n’est climatiquement pas une bonne affaire

En plus de ces considérations géopolitiques, de nouveaux satellites scientifiques, comme le GHGSat, dévoilent l’ampleur des émanations de méthane lors de l’extraction du gaz et de son transport. D’une énergie présentée comme relativement propre, le gaz naturel devient persona non grata, passant de solution à problème. Plus de 40 villes californiennes, comme San Francisco, et même Austin dans le conservateur Etat pétrolier et gazier du Texas, ont tout simplement interdit son utilisation, car il est jugé trop polluant.

Ces études ont traversé l’Atlantique et inquiètent maintenant la population, les dirigeants européens et les lobbies gaziers.

 

La Guerre des Gaz
GéoPolitis Emission du 28 mars 2021



L’Europe se rend compte, bien tardivement, qu’elle a mis son avenir entre les mains d’un club très fermé de producteurs gaziers et que le maillage des gazoducs procure une puissance démesurée à l’Ukraine ou à la Turquie. Même si le transport de gaz liquide est appelé à être démultiplié, la première explosion d’un méthanier devrait reproduire l’effet Fukushima.

De plus, climatiquement, la panacée imaginée n’est plus.

Avec un peu de retard, on s’aperçoit que, à force de remettre à demain une certaine indépendance énergétique, le piège est en train de se refermer. Comment Bruxelles va-t-elle se dépêtrer de cette situation délicate? Poser la question à l’Europe, c’est également la poser à la Suisse.

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