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Pétrole : sommes-nous à l'aube d'une nouvelle crise ?

Selon le nouveau rapport « World Energy Investment Outlook » de l’Agence Internationale de l’Energie (IEA) il faut trouver 48 trilliards $ jusqu’en 2035 pour maintenir la production pétrolière au niveau actuel.

Pour rentabiliser les nouvelles techniques de forages, il est nécessaire de mettre le curseur du prix du baril au-delà de 120$. Mais à ce niveau, c’est l’économie qui s’écroule! C'est un vrai casse-tête et un cercle vicieux insoluble.

Tous les signaux d’alarmes viennent de passer au rouge.

Tous les signaux sont au rouge vif

Le peak oil d'or noir conventionnel a été atteint en 2007 et le pétrole de schiste, off-shore, sable bitumineux ou dans les glaces de l’Arctique devaient prendre le relais pour assurer la stabilité et la croissance mondiale des économies.

Mais ces technologies coûtent cher, trop cher. Ainsi toutes les majors pétrolières ont réduit leurs investissements en attendant que le prix du baril couvrent leurs frais d’exploration. Toutes alignent des chiffres de production en baisse. Quant aux pays (Russie, Iran, Kazakhstan, Venezuela, Nigeria) ils comptent sur le savoir-faire des grandes majors. Tout ce beau monde est en position d'attente alors que le nombre d’automobilistes et la croissance ne cessent d’augmenter et de peser sur les inventaires. D’ici l’automne, 900'000 barils/jour devraient manquer pour satisfaire la demande.

L’Economie détruite par l’énergie

Logiquement l’équation Offre-Demande devrait s’appliquer : plus un bien est rare, plus il est cher. Mais cette loi ne s’applique pas au pétrole car c’est lui qui est le moteur de la croissance. Une augmentation de consommation de pétrole de 0,6% équivaut à une augmentation de PIB de 1% (en Europe).
Sous nos latitudes, un baril au-delà de 110$ détruit la croissance  (100$ aux USA). L’économie américaine vit sous perfusion de sa banque centrale avec 70 milliards $ distribués chaque mois via le quantitative easing.

L’Europe planche également sur son QE pour relancer la croissance. Cependant, toutes ces tentatives artificielles sont vouées à l’échec sur le long terme.
Il suffirait que les taux d’intérêts remontent pour tuer définitivement la rentabilité des forages de schistes ou les autres techniques d’extraction de pétrole non-conventionnel.


Dès que le baril passe la barre des 110$, la croissance devient négative.
Alors qu'il faudrait un baril à 120-130$ pour relancer la production mondiale
la croissance se ferait immédiatement détruire.

 

Le mythe américain s’écroule

Dans sa dernière campagne présidentielle, le président Obama avait lancé un mythe qui allait lui permettre d’éviter les attaques pétrolières des républicains. C’est ainsi que naquît le concept d’indépendance énergétique américain notamment grâce aux huiles de schistes. Dans des scénarios dignes d’Hollywood, les USA dépassaient la production de l’Arabie Saoudite d’ici à 2020.

La semaine dernière, l’IEA effaçait d’un coup 60% des réserves de pétrole de schiste made in USA. Les forages californiens sont trop chers, trop difficiles et l’huile de mauvaise qualité. Les productions de schiste du Dakota et du Texas montrent déjà des signes de faiblesses après 6 années d’exploitation seulement.

Les USA, qui ont abandonné le Moyen-Orient pour leur approvisionnement, vont devoir faire rapidement marche arrière et revenir là où les chinois ont déjà sécurisé leur pétrole notamment en Irak, en Iran ou en Arabie Saoudite. Le remplaçant d’Obama aura cette lourde charge avec où sans armes.

En Europe, particulièrement en Pologne, les investisseurs et pratiquement toutes les majors se sont déjà retirés après des déboires financiers douloureux grâce au schiste. Dans une dernière tentative de survie, l’Angleterre tente d’expérimenter les forages de schiste pour atténuer la chute vertigineuse de sa production off-shore. cependant, il ne s’agit que d'un espoir fou et l’on voit mal des financiers compétents se précipiter dans le jeu: Qui veut perdre des Millions?

 

L’OPEP : la solution magique ?

Le dernier espoir repose sur l’OPEP. Mais là encore, c’est la panique. Durant les mois très chauds de l’été 2013, l’Arabie Saoudite avait utilisé la moitié de sa production à usage interne. Pour couronner le tout, sa production plafonne et les essais de dépasser les limites actuelles offrent un pétrole de piètre qualité et menacent les puits traditionnels.

La Lybie, le Nigéria, le Venezuela font face à une baisse importante de production et l’Iran patauge dans ses négociations. Dans le pays des mollahs il faudra plusieurs années pour rénover les installations pétrolières à l'état d'abandon. Même l’Irak, qui n’est pas dans l’OPEP, peine à maintenir sa production pendant que les camps religieux s’affrontent de plus en plus violemment.

Durant la crise de 2008, il avait fallu plus de 18 mois pour voir grimper le baril à 147$. Bien malin qui peut prédire ce qui va se passer dans les 18 mois à venir. Les prévisions annoncent un manque estimé à 900'000 barils par jour d'ici à cet automne.

Le peak oil, savamment écarté par les faucons de la Maison Blanche, va à nouveau rebrasser les cartes mondiales du pouvoir. La Chine, qui a fait de très nombreuses acquisitions pétrolières depuis 2010, semble la mieux positionnée. Les programmes d'efficacité énergétique de l'Europe pourrait lui sauver quelques plumes. Les américains qui ont tout misé sur leur schiste semblent les moins bien placés.

Les SOS envoyés ces deux dernières semaines par l’IEA à l’attention des politiques seront-ils entendus? Et finalement comment l’économie va-t-elle réagir face à une hausse insupportable du baril ?

 

Annexe: World Investment Outlook  IEA

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