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Wikileaks: Corruption dans le monde du Pétrole

Julien Assange, le fondateur de Wikileaks, mériterait d'être l'homme de l'Année au niveau de la géopolitique des énergies. Ses révélations nous ouvrent des pratiques soupçonnées et aujourd'hui dévoilées au niveau du pétrole. On s'aperçoit que l'Europe s'isole de plus en plus du marché des énergies. Brr.... à faire froid dans le dos si vous habitez le vieux continent.

Ainsi c'est avec plaisir que nous vous présentons les nouvelles découvertes qui impliquent Shell, le Nigéria, l'Afrique, l'Italie, la corruption au niveau des énergies. Un feuilleton qu'on ne se lasse pas de découvrir!

Shell : infiltrations à tous les étages

Wikileaks dévoile les pratiques du groupe pétrolier anglo-néerlandais Shell au Nigéria. En 2009, la vice-présidente pour l’Afrique de la compagnie, Ann Pickard, se plaint de l’insécurité grandissante en mer, qui fait grimper les coûts d’extraction de pétrole dans le Delta du Niger. Mais elle confie aussi, lors d’un entretien avec l’ambassadeur, avoir des discussions à tous les niveaux de l’État. Cela notamment dans le but d’obtenir des modifications du projet de loi sur le secteur pétrolier. L’un des points qui embarrassent la compagnie serait l’interdiction, dès 2010, du torchage des gaz extrêmement polluants issus de l’extraction, qui pourrait coûter à Shell 4 milliards de dollars d’investissement. Fin 2010, le torchage est toujours pratiqué?: une victoire du lobby pétrolier?

Dans ses discussions avec la vice-présidente de Shell, l’ambassade s’intéresse par ailleurs de près à la présence chinoise. Ann Pickard, peu inquiète, indique que le groupe pétrolier a des informateurs dans la plupart des ministères. Elle raconte avoir récupéré une lettre envoyée à une compagnie pétrolière chinoise dans laquelle l’État nigérian explique que l’offre pour un permis d’exploration ne serait pas assez bonne.

Chine : une présence étroitement surveillée

En Afrique, la Chine apparaît comme un partenaire potentiel des Américains. Dans une note en provenance de Nairobi, datée de février 2010, une coopération dans le domaine des infrastructures, et particulièrement sur le projet de port en eau profonde de Lamu, est évoquée. Une éventualité qui inquiète l’ambassadeur du Kenya en Chine, Julius Ole Sunkuli. Selon ses propos, cités dans un câble américain envoyé depuis Pékin, les Africains ont été déçus par des décennies d’hégémonie occidentale dans l’aide au développement, et l’arrivée de la Chine aurait rééquilibré la balance. Ainsi, des propositions d’infrastructures, attendues depuis des décennies, auraient fleuri. Pour Sunkuli, une coopération entre Européens, Américains et Chinois en Afrique pourrait modifier les pratiques chinoises et ralentir les projets.

Une série de télex en provenance des ambassades américaines au Kenya et en Angola apportent un autre éclairage. La présence de Pékin est « exponentielle », selon la note américaine. China National Offshore Oil Corporation, Shengli Engineering & Consulting Company, Sinohydro, China Wu Yi, TBEA International… Toutes les entreprises chinoises implantées sont scrutées, les investissements égrenés. Parfois, le futur partenaire est dénoncé pour ses pratiques. Comme pour l’attribution d’un marché d’équipement des services de renseignements kényans (NSIS) à l’opérateur chinois ZTE, obtenu grâce à des pots-de-vin, notamment des frais d’hôpitaux payés au directeur de la division des opérations du NSIS, Joseph Kamau, pour un total de 5?000 euros…

 

Corruption : pots-de-vin et "compensations"

La corruption tient une place importante dans la plupart des notes économiques. On y retrouve d’ailleurs le ministre nigérian de la Justice, Michael Aondoakaa, demandant à Shell un pot-de-vin de 20 millions de dollars pour signer un document?: 2 millions immédiatement, 18 millions plus tard. Ann Pickard raconte, toujours en 2009, que les acheteurs de pétrole doivent systématiquement arroser le patron et le directeur général de la Nigerian National Petroleum Corporation, mais aussi la first lady d’alors, Turaï Yar’Adua, de millions de dollars pour chaque départ de cargo.

En Ouganda, les coulisses d’une bataille pour la prise de contrôle des permis d’exploration sur le lac Albert sont au cœur d’un câble daté de décembre 2009. Selon Tim O’Hanlon, vice-président Afrique du britannique Tullow Oil, détenteur des permis avec le canadien Heritage Oil, qui souhaitait vendre ses actifs, l’italien ENI aurait recouru à des « compensations » pour obtenir le soutien d’officiels ougandais, dont le ministre de l’Énergie Hilary Onek, et celui de la Sécurité, Amama Mbabazi. Aujourd’hui encore, l’affaire n’a pas trouvé d’issue, et la bataille se poursuit.  Et Eni vient de signer un contrat avec le Congo pour ses sables bitumineux. Sans doute encore un cas de plus pour nos amis de Wikileaks.

 

Sources: Jeune Afrique

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